Le casier judiciaire en droit pénal routier : inscriptions, enjeux et stratégies de non-inscription

10/06/2026

En droit pénal routier, les conséquences d’une procédure pénale ne se limitent pas aux sanctions immédiates telles que l’amende, la suspension ou l’annulation du permis de conduire. L’inscription éventuelle au casier judiciaire, et plus particulièrement au bulletin n° 2, peut avoir des répercussions durables sur la vie professionnelle et sociale du conducteur poursuivi.

La maîtrise des règles d’inscription, ainsi que des mécanismes permettant d’en limiter les effets, constitue dès lors un axe essentiel de la stratégie de défense.

I. Le casier judiciaire : présentation générale

A. Le rôle du casier judiciaire

Le casier judiciaire national centralise les condamnations pénales définitives ainsi que certaines décisions assimilées. Il permet notamment :

  • aux juridictions pénales de vérifier les antécédents judiciaires et l’état de récidive ;
  • aux autorités administratives ou professionnelles d’apprécier l’honorabilité d’une personne ;
  • de conditionner l’accès ou le maintien dans certaines professions réglementées.

Les informations sont diffusées selon un système de bulletins distincts, dont le contenu et les destinataires diffèrent.

B. Les trois bulletins du casier judiciaire

1. Le bulletin n° 1 (B1)

Le bulletin n° 1 est le relevé intégral du casier judiciaire.
Il est exclusivement accessible aux autorités judiciaires.

Il contient notamment :

  • toutes les condamnations pénales définitives ;
  • certaines mesures alternatives, dont les compositions pénales exécutées.

En droit pénal routier, le B1 joue un rôle déterminant pour :

  • la caractérisation de la récidive ;
  • l’application de peines aggravées (ex. annulation de plein droit du permis en cas de récidive).

2. Le bulletin n° 2 (B2) – Un enjeu central pour la vie professionnelle

Le bulletin n° 2 est un extrait du casier judiciaire, à contenu sélectif, communiqué à certaines autorités administratives et organismes (préfectures, administrations, employeurs ou instances professionnelles légalement habilités).

Il est déterminant pour :

  • l’accès à la fonction publique ;
  • les professions réglementées (transport, sécurité, médico-social, commerce, gestion, etc.) ;
  • certaines autorisations administratives ou agréments.

De nombreuses décisions n’y figurent pas, soit par exclusion légale, soit sur décision du juge.

3. Le bulletin n° 3 (B3)

Le bulletin n° 3 est le plus restreint.
Il ne mentionne que les condamnations les plus graves et est, en pratique, destiné à la personne concernée.

En matière de droit pénal routier, la majorité des décisions n’y figurent pas.

Casier judiciaire tribunal Réunion

II. Les principales procédures de droit pénal routier et leur inscription au casier judiciaire

A. La composition pénale

La composition pénale, souvent utilisée pour certaines infractions routières (alcoolémie, stupéfiants, conduite sans assurance…), obéit à un régime spécifique.

  • Lorsqu’elle est exécutée, elle est inscrite uniquement au bulletin n° 1 du casier judiciaire.
  • Cette inscription est limitée à une durée de trois ans, sauf nouvelle condamnation.
  • Elle n’apparaît ni au bulletin n° 2 ni au bulletin n° 3 (article 775, 14° du code de procédure pénale).

Conséquence pratique : la composition pénale n’a, en principe, aucun impact direct sur l’emploi ou les professions soumises au contrôle du B2, ce qui en fait une issue procédurale souvent privilégiée lorsque la situation personnelle du conducteur le justifie.

B. L’amende forfaitaire délictuelle (AFD)

L’amende forfaitaire délictuelle constitue une modalité particulière de traitement de certains délits routiers, permettant d’éteindre l’action publique par le paiement d’une amende, sans jugement et sans comparution devant une juridiction.

Sur le plan du casier judiciaire, son régime est spécifique :

  • le paiement de l’AFD, ou l’émission définitive du titre exécutoire de l’amende forfaitaire délictuelle majorée non contestée, entraîne une inscription au bulletin n° 1 du casier judiciaire (articles 768, 11° et 768-1, 5° du code de procédure pénale) ;
  • cette mention est exclue de plein droit du bulletin n° 2 (articles 775, 16° et 775-1 A, 6° du code de procédure pénale) ;
  • enfin, très logiquement, elle n’apparaît pas davantage au bulletin n° 3.

Cette inscription au B1 est temporaire : elle est automatiquement retirée à l’expiration d’un délai de trois ans à compter du paiement ou de la date à laquelle l’amende est devenue définitive, à condition qu’aucune nouvelle condamnation correctionnelle ou nouvelle amende forfaitaire délictuelle ne soit intervenue dans cet intervalle (article 769, 11° du code de procédure pénale).

Enfin, depuis l’abrogation des anciens articles 495-23 et 530-7 du code de procédure pénale par la loi du 23 mars 2019, le paiement d’une amende forfaitaire délictuelle n’est plus assimilé à une condamnation définitive pour l’application des règles de la récidive légale, même si la mention demeure visible au B1 par les autorités judiciaires.

Conséquence pratique : l’AFD permet, dans certains dossiers, de clore rapidement la procédure pénale tout en préservant l’absence d’inscription au bulletin n° 2, ce qui constitue un enjeu déterminant pour les conducteurs exerçant une activité professionnelle sensible.

C. L’ordonnance pénale

L’ordonnance pénale est une procédure de jugement simplifiée, fréquemment utilisée pour les délits routiers.

  • Elle constitue une condamnation pénale.
  • Elle est inscrite au bulletin n° 1.
  • Elle peut figurer au bulletin n° 2, sauf exclusion légale ou décision judiciaire de non-inscription.

Sans démarche spécifique, une ordonnance pénale peut donc avoir des conséquences professionnelles importantes.

Ainsi, en particulier, une condamnation pour conduite après usage de stupéfiants peut entraîner une inscription au casier judiciaire. Si vous êtes concerné par cette infraction, je vous invite à consulter mon Guide complet sur la conduite après usage de stupéfiants, qui détaille l’ensemble de la procédure et ses conséquences sur le permis de conduire.

D. La comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC)

La CRPC aboutit à une condamnation homologuée par un juge.

  • Elle est inscrite au B1.
  • Elle est, en principe, inscrite au B2, sauf dispense ou exclusion décidée par la juridiction.

La négociation de la peine doit impérativement intégrer la question du casier judiciaire.

E. Le jugement correctionnel devant un juge unique

Les délits routiers les plus graves (blessures involontaires, récidive d’alcoolémie, conduite sous stupéfiants aggravée…) sont jugés devant le tribunal correctionnel, souvent à juge unique.

  • Toute condamnation est inscrite au B1.
  • Elle figure normalement au B2, sauf exclusion.

III. Les possibilités de non-inscription ou d’exclusion du bulletin n° 2

A. Les exclusions légales de plein droit

Certaines décisions ne figurent jamais au bulletin n° 2, notamment :

  • les contraventions de police ;
  • les dispenses de peine ;
  • les compositions pénales exécutées.

Dans ces cas, aucune demande n’est nécessaire.

B. La dispense ou l’exclusion de la mention au B2 (article 775-1 CPP)

Le tribunal peut décider, soit au moment du jugement, soit postérieurement, sur requête du condamné, d’exclure la mention d’une condamnation du bulletin n° 2.

Cette décision relève de l’appréciation souveraine du juge, sans obligation de motivation spéciale.

Effet majeur : l’exclusion de la mention au B2 entraîne le relèvement des interdictions, déchéances et incapacités automatiques attachées à la condamnation, favorisant ainsi la réinsertion professionnelle.

C. Les critères et justificatifs à produire

Même si la loi ne fixe pas de liste exhaustive, la pratique judiciaire retient notamment :

  • l’impact concret de l’inscription au B2 sur l’emploi ou la carrière ;
  • la nature et la gravité de l’infraction ;
  • l’absence d’antécédents ou de récidive ;
  • les efforts de réinsertion (travail, formation, suivi médical) ;
  • la situation familiale et sociale.

Pièces utiles :

  • attestations d’employeur ou promesse d’embauche ;
  • justificatifs professionnels ;
  • documents médicaux ou de suivi ;
  • attestations de bonne conduite.

Conclusion : une question centrale de stratégie de défense en matière d’infractions routières

En droit pénal routier, la question du casier judiciaire, et en particulier du bulletin n° 2, ne doit jamais être traitée comme un aspect secondaire de la procédure. Selon la voie procédurale choisie et la stratégie de défense adoptée, les conséquences peuvent être radicalement différentes pour l’avenir professionnel du conducteur.

La connaissance fine des règles d’inscription et des mécanismes de non-inscription permet d’orienter utilement la procédure vers des solutions plus protectrices, telles que la composition pénale, l’amende forfaitaire délictuelle ou l’exclusion ciblée du bulletin n° 2, dans une logique de réinsertion et de proportionnalité de la réponse pénale.

Besoin d’un accompagnement pour protéger votre casier judiciaire ?

Si vous êtes poursuivi pour une infraction routière ou si vous vous interrogez sur les conséquences d’une procédure pénale sur votre bulletin n° 2 du casier judiciaire, un accompagnement juridique adapté est essentiel.

La stratégie visant à éviter ou obtenir l’exclusion d’une inscription au B2 repose sur une analyse technique de la procédure, du fondement juridique des poursuites et de votre situation personnelle et professionnelle.

Maître Côme Landivier, avocat en droit pénal routier à Saint-Denis de La Réunion, vous assiste à chaque étape de la procédure : composition pénale, amende forfaitaire délictuelle, ordonnance pénale, CRPC ou audience correctionnelle.

Contactez le cabinet pour une étude confidentielle de votre dossier et la mise en œuvre d’une stratégie de défense visant à préserver votre avenir professionnel.

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